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À la mémoire de MOHAMED BOUHEUR ” FTAH ” LE RÉSITANT

(Extrait du livre: «Où étiez-vous le 29 février 1960?)

-Agadir o’flla : Monsieur Ftah, Bonjour, vous étes un des survivants du tremblement de terre de 1960, où étiez-vous la soirée du 29 février ?

-Bouheur Mohamed Ftah: Après la rupture du jeûne, nous étions toute une bande, nous sommes sortis en promenade ce soir-là, moi Abdallah Arsalan, Hamma et deux autres jeunes juifs, fils de Judas, Bachichat et Brahim Kerbid; presque la moitié des adolescents d’Agadir étaient allés au cinéma Marhaba pour voir le film King Créole avec Elvis Presley. Lorsque le film est terminé, nous sommes sortis, au bout d’un quart d’heure nous arrivâmes à l’immeuble 7 étages sur l’Avenue Mohamed V, nous y trouvâmes deux mendiants aveugles  en train de se bagarrer avec leurs cannes comme des mousquetaires. Nous les avions séparés, dès qu’on les a séparés on a soudainement senti une violente secousse qui nous a propulsés au milieu de la rue, les maisons craquaient et s’effondraient comme des châteaux de cartes; les étages s’effondraient les uns sur les autres, on aurait dit la fin du monde. Lorsqu’on a essayé de grimper la colline, elle nous rejetait, et lorsque nous avons couru vers la plage le ras-de-marrée nous repoussait. Pendant ce temps, les gens descendaient vers l’Avenue Mohamed V, la plupart étaient nus, d’autres à peine vêtus de pyjamas, nous nous sommes rendus à l’agence SATAS d’où sortait un car, on l’a intercepté et chargé, et puis vint Timbillan que Dieu ait son âme avec Mohamed ben Abdallah, encore vivant, nous retirer le car qui était plein de gens de toutes sortes, berbères, musulmans, juifs et chrétiens.Au levé du soleil nous découvrîmes un Agadir à ras du sol, des cadavres gisants partout, des blessés, des gens pleurant, tenant la tête entre les mains au milieu des débris de pierres et des voitures aplaties par des étages et des immeubles.

A.O.: Où habitiez-vous à Agadir?

-B. M. F.: J’habitais à la carrière de Moha Kercousse,-A. O. : Est-ce que vous avez perdu votre famille?

-B. M. F.: Oui j’ai perdu cinq membres, deux sœurs et trois frères, seuls ma mère, moi et quatre autres filles avons survécu.

-A. O. : Avez-vous vu des vagues monter vers l’avenue Mohamed V?

-B. M. F.: Lorsque nous étions sur l’avenue Mohamed V au bord de la mer, nous avons vu quelque chose lumineux sortir de la mer comme un skud monté au ciel, nous l’avons suivi du regard se dirigeant vers Agadir o’flla où il s’était éteint, immédiatement il fut suivi de la coupure du courant et de l’écroulement des maisons.

-A. O. : Combien de temps cela a duré?

 -B. M. F. Même pas quelques secondes, c’était comme une torpille filante directement vers le sommet d’Agadir o’flla, on peut encore y voir le trou causé par cet étrange objet de lumière qui a fait entrer les maisons vers le fond de la montagne.

-A. O.: Pensez-vous que ça pourrait être une bombe atomique puisque la France faisait à cette époque-là des expériences de bombes atomiques dans la région du sud-marocain?

-B. M. F. : A savoir….cet objet qui a vraisemblablement provoqué une secousse forte de 6,5 de l’échelle  Richter. On a donc prix un camion de Canada Dry avec lequel on a commencé à faire évacuer les gens vers la base de Bensergao, aussi bien des vivants que des blessés et des morts,  il y avait des gens qui étaient blessés au moment du transport, lorsqu’ils étaient arrivés à la base, ils avaient rendu l’âme. On a secouru beaucoup de gens jusqu’à l’arrivée des militaires à l’aube, il y avait des soldats français, américains, hollandais, la croix rouge. Il y avait beaucoup de monde à déblayer et à faire sortir des cadavres et des survivants sous les décombres. Mais notre armée, en faisant sortir des cadavres, ses soldats commençaient à couper les doigts qui portaient des bagues en or. Dès qu’on a vu ce pillage par les soldats marocains, nous sommes allés voir le général Oufkir, on lui a dit ce qui se passait en lui indiquant l’endroit où ces soldats pillaient les biens des morts. Le général a donc fait venir ces pilleurs et les plaça devant la poste où ils furent fusillés directement. Ensuite on nous a installés des tentes devant Timersite, à côté de Tikiwin, où il y a actuellement le terrain de pétanque, et là nous étions pris en charge par la croix rouge internationale qui nous apportait des vivres.

A ce moment-là, il n’y avait pas de croissant rouge ni de croix rouge marocains.

Et puis, beaucoup d’enfants d’Agadir étaient pris par Hassania et transportés vers Maâmora, d’autres vers la Belgique comme toi.

-A. O. : Et vous et votre famille avez-vous reçu quelques soutiens ou aides des donations internationales aux sinistrés d’Agadir ?

-B. M.F : On nous a donné des murs écroulés, ensuite on nous a donné une pièce avec cuisine pour une famille de sept personnes au quartier de Yehchech.

le pièce!

-B. M. F. Bien sûre, il ne reste plus qu’à sortir de cette maison et dormir ailleurs.

-A. O.: Vous vous souvenez encore de vos vieux amis d’enfance d’Agadir, aussi bien les juifs que les musulmans, les chrétiens et pouvez-vous nous dire les noms des joueurs de la première équipe du Hassania?

-B.M.F.: Oui je me souviens de ceux qui sont morts comme de ceux qui sont encore vivants. Ceux  qui composaient le premier Hassania, il y avait Da M’bark Amine M’Bark, Halimi Abdallah dit Bomba, Sofi Mohamed, Aït Laânaït Lhoucein et M’bark, Hjji et son frère, Ribi, Salerno, Antonio, Tocco, André le marin militaire, il jouait l’arrière central. Hassania était composé de souches ethniques, des musulmans, des juifs, des chrétiens, aussi bien des militaires que des gendarmes ou des civils. Le Hassania était un club ouvert à tous ceux qui savent jouer le ballon, c’est vrai, ils étaient tous de bons joueurs. Le mérite revient au père Bijaouane qui a constitué cette équipe, de ses propres poches : il achetait aux joueurs des vêtements et des tenues. Il y avait Lhlou Abdelkader lui aussi qui aidait ces joueurs, à l’époque tous les anciens dirigeants étaient bons avec le Hassania. Il y avait aussi Abbas Kabbage et son frère, Abdallah «Cireur» qui était un supporter fan du sport, il faisait du cyclisme et de la boxe, Ohayon Monsieur Doucet, Monsieur Jacques Austine, ils étaient tous des anciens dirigeants du Hassania.

-A. O. Le club de boxe d’Agadir était-il  bien placé à cette époque ? Qui étaient-ils?

 -B. M. F. Dans l’équipe de la boxe de l’ancien Agadir, il y avait Kacimi Ahmad, champion d’Europe, Laârrag, Samba, Houcine Mimmiche, Guitalla Hassan «chauffeur de Taxi», Ajallal, Boukaïti.

  1. O. : Etiez-vous aussi dans la résistance ? Que faisiez-vous?

-B. M. F.: Oui j’étais dans la résistance. Notre mission était de localiser les collaborateurs et de leur fixer un soi disant rendez-vous avec un de leurs amis dans une mosquée, une fois dehors quelqu’un d’autre s’était chargé de les fusiller..

 -A. O. : On ne vous a jamais arrêté!

 -B.M.F. : J’étais toujours en fuite, soit à Mogador, à Marrakech ou à Casablanca. A Casablanca on y a fait un gros coup qui a failli me coûter cher. On a tendu un piège aux Sénégalais de l’armée française en leur préparant un thé bourré de drogue. Ils nous avaient trouvé ; on leur avait fait croire que  nous étions en train de chasser des oiseaux avec des filets de pêche. Lorsqu’ils avaient bu le thé contaminé et qu’ils étaient endormis, on leur avait pris les armes qu’on avait donné au résistant «cycliste» Mohamed ben Ahmad.

-A. O. : Qui était Mohamed ben Ahmad?

-B. M.F :Mohamed ben Ahmad était un résistant qui avait utilisé ces armes pour faire un massacre contre l’armée française dans le  bordel de Casablanca, en 1953-54, en plein centre de Casa à Derb Sultane.

-A. O. Après cette mission, vous êtes retourné à Agadir…?

-B.M.F.: Je vais et je viens, la plupart du temps dans des camions, soit avec Labacoum qui était chauffeur à la SATAS ou avec Lhloumi. Labacoum a laissé Ahmad, Khadija et beaucoup de ses filles qui vivent encore. Il y avait aussi Dada Moulay Abdallah de la résistance, Si Abdelkader Jazaïri, Nossaïri Mohamed qu’il ne faut pas oublier, Mohammed Achtouk, Si Bouchaâïb Dmiri, Abdallah Sala, tout ce monde a travaillé avec «jaïche attahrir « (armée de libération).

-A. O.: L’inspecteur «Granja» n’a pas toujours été gentil avec votre bande, n’est-ce pas ?

-B.M.F. Il était le plus grand salaud de la police d’Agadir, il avait des mouchards partout, c’était un vrai colonialiste. Un jour qu’il m’avait arrêté, il avait pris un paquet de cigarette Favorites qu’il cassa en quatre et commença à me les faire avaler morceau par morceau avec de l’eau ; celui qui m’avait sauvé c’était Lhaj Ali Aboulis, il était allé le dire à mon père, et mon père était allé le dire à Barotel qui m’avait fait libérer. Ensuite, on avait continué la résistance jusqu’à l’indépendance. Barotel était le patron de la SATAS, il était comme un grand chef à Agadir.

-A. O.: Après l’indépendance et le tremblement de terre vous êtes parti en Europe…

 -B.M.F. J’avais fait plusieurs voyages en Europe où j’avais travaillé à l’usine SIMCA, ensuite je suis allé en Allemagne et puis je suis retourné à Agadiroù je me suis marié. J’ai sept enfants qui sont au chômage.

-A.O.: Qu’est-ce que vous pensez d’Agadir d’aujourd’hui?

-B.M.F. Agadir d’avant le séisme était plus beau que maintenant, il avait un cachet propre à lui. Agadir d’aujourd’hui est devenu trop grand et les nouvelles constructions ne résistent même pas à l’eau.

Nous avons vu au cours de ces dernières pluies beaucoup de bâtiments qui ont craqué, ce qui est dû aux tricheries de la mauvaise construction, les entrepreneurs ne respectent pas les normes, au lieu d’investir 10 sacs de ciments ils mettent seulement deux.

  1. O. A propos du Hassania, pourquoi ça ne va pas bien dans ce seul club d’Agadir, est-ce dû aux dirigeants ou à autre chose?

-B.M.F.   Moitié, moitié, d’une part à cause des dirigeants et de l’autre à cause des joueurs qui sont mal payés, si vous ne payez pas les joueurs, les joueurs jouent mal. Ils peuvent saboter le jeu, certains dirigeants sont de mauvaise foi, quant ils sortent avec des joueurs ils gonflent leur facture personnelle. On les a vus et on ne les connaît que trop.

– A. O. Merci beaucoup pour ce témoignage

 -B. M. F.: Je voudrais quand même dire merci à Lhaj Soussi, Lhaj Mohammed Azzamad, Arsalan Abdallah, Haj Hamdi, Ouaïssi, Si Abdelkader, Farah, Mounib Lahoucine pour l’aide qu’ils m’ont toujours apportée.

    Propos recueillis par Abdallah Aourik-2010

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